Qui sont ceux qui ont réélu Barack Obama ?

par Pierre Martin     8 novembre 2012 01h33

Une vieille anecdote qu’un collègue aime raconter est celle d’un chef du Parti socialiste français qui, après avoir perdu par une seule voie un vote crucial dans un congrès de son parti, s’était exclamé : Si je trouve celui qui m’a fait perdre ce vote, je vais lui faire passer un mauvais quart d’heure. Si on y pense une seconde, ça ne tient pas debout. N’importe quel des 50 pourcent plus un pourrait porter le blâme. Ainsi, au lendemain d’une élection où la marge de victoire était si serrée qu’elle l’a été hier, on entend toutes sortes d’analyses qui nous promettent d’avoir déniché le facteur déterminant sans lequel Barack Obama n’aurait pas pu l’emporter. Il faut prendre tout cela avec un grain de sel, mais, la consultation des sondages de sortie des bureaux de vote permet de commencer à se faire une idée de ce qui s’est passé aux États-Unis hier. Sans prétendre dénicher LA raison de la victoire de l’un ou de la défaite de l’autre, voici quelques observations utiles partir du sondage mené par Associated Press et un consortium des médias.

Obama a gagné à cause des femmes. De 2008 à 2012, son vote est passé de 56%-43% à 55%-44% chez les femmes, mais il a déboulé de 49%-48% à 45%-52% chez les hommes. Pendant toute la campagne, les enjeux qui touchent au premier chef les femmes ont été gardés à l’avant-scène, et l’équipe Obama prenait toujours soin de donner un rôle de premier plan aux femmes dans ses événements publics. Ça a marché.

Obama a gagné à cause des votes ethniques (il me semble l’avoir déjà entendue quelque part, celle-là). En 2008, les Blancs non hispanophones comptaient pour 74% de l’électorat. Obama les avait perdus par 43%-55%. En 2012, la défaite dans ce groupe était encore plus nette : 39%-59%, mais on constate que le groupe perd des plumes, car il passe à 72% des électeurs, au profit des Latinos et des Asiatiques, qui gagnent un point chacun. C’est aussi dans ces deux groupes qu’Obama fait ses gains les plus importants. Son vote chez les Afro-américains passe de 95% à 93%, mais il passe respectivement de 67% à 71% chez les Latinos et de 62% à 73% chez les Asiatiques. On sait pourquoi les républicains ont perdu du peu d’appuis qu’ils avaient chez les Latinos, en raison de leurs positions par trop restrictives sur l’immigration. Mais qu’est-ce qui n’a pass passé chez les Asiatiques ? Bonne question.

Obama a gagné à cause des jeunes. Chez les jeunes de 18-24 ans, dont plusieurs votent pour la première fois, Obama avait fait un tabac en 2008, en gagnat par 66%-32%. Il était cool. Les jeunes s’arrachaient son poster « Hope », et il leur promettait de mettre fin à une guerre dont ils ne voulaient pas. En 2010, ces jeunes avaient boudé les élections de mi-mandat. On disait que les démocrates ne pourraient jamais répliquer chez eux en 2012 l’enthousiasme de 2008. Pourtant, non seulement les pertes dans ce groupe ont été modestes, mais sa part de l’électorat a augmenté de 10% à 11%. Les jeunes n’ont pas décroché en 2012.

Obama a gagné à cause de la polarisation partisane. Les sondages d’hier nous montrent que les partis ont resserré les rangs. La distribution des appuis par l’identification partisane révèle une augmentation de la polarisation partisane, en ce sens que la part des personnes qui s’identifient à un parti et qui ont appuyé le candidat de l’autre parti et passée de 9% à 6%. En soi, ces chiffres ne font que refléter un phénomène plus global : une polarisation de l’électorat qui a fait en sorte que pendant toute sa présidence, Barack Obama a gardé l’appui de ses partisans à travers la pire crise économique que le pays ait traversée depuis la Grande Dépression.

Barack Obama a gagné à cause de la classe moyenne. Combien de millions de fois pendant la campagne avons-nous entendu des références à la classe moyenne, qui est un nom de code aux États-Unis pour une classe ouvrière qu’on ne peut pas nommer ? En 2008, Barack Obama avait gagné chez les 38% d’électeurs provenant de ménages gagnant moins de 50 000$ par 60%-38%, alors que parmi les ménages de plus de 50 000$, les votes étaient partagés 49%-49%. Après quatre ans de crise, en 2012, cette portion de l’électorat la plus durement touchée par le chômage et les pertes de revenus est passée à 41%. On aurait pu s’attendre à ce que ce groupe porte un jugement sévère contre le président Obama, que les républicains ont sans relâche tenu responsable de leur sort. Ils n’ont pas bronché. Hier, les démocrates ont remporté ce groupe par la même marge qu’en 2008, 60%-38%, et ils ont perdu les ménages au revenu de plus de 50 000 $ par 45%-53%. En fin de compte, ce sont les électeurs les plus éprouvés par la crise qui ont renouveler leur confiance à Barack Obama, alors que leurs concitoyens plus aisés, dont les placements en bourse ont doublé pendant les quatre dernières années, ont opté pour le virage à droite.

Étant donné l’insistance des républicains sur les questions de religion et de valeurs, on pourrait s’attendre à voir une baisse plus grande de l’appui de 2008 à 2012 chez les électeurs les plus pratiquants, mais ce n’est pas le cas. En fait, les pertes dde Barack Obama ont été assez semblables dans chacun des groupes définis par l’identité religieuse ou l’intensité de la pratique religieuse.

Peut-on vraiment dire d’où sont venus les votes qui ont assuré la réélection de Barack Obama ? La réponse est trop facile : c’est un peu toutes ces catégories à la fois. La marge de victoire a été si mince que n’importe quel de ces groupes peut revendiquer la responsabilité d’avoir fait pencher la balance du côté de Barack Obama. Dans les billets suivants, j’essaierai d’aller au-delà de l’identité des groupes, pour demander ce qu’ils avaient derrière la tête au moment de faire leur choix.


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Élection 2012 : quelques gagnants et perdants

par Pierre Martin     7 novembre 2012 03h54

C’est fait. Barack Obama a gagné. Après une campagne interminable dont on ne sait plus trop quand elle a commencé, après des dépenses colossales qui dépassent les six milliards de dollars, les électeurs américains ont tranché et ils ont choisi de faire confiance au Président Barack Obama pour un autre mandat de quatre ans. Il est trop tôt pour évaluer sereinement l’importance historique de l’événement, mais il est certain que la réélection du premier président afro-américain de l’histoire du pays dans des circonstances extraordinairement difficiles, alors que le pays n’a pas encore fini de traverser la plus grave crise économique depuis la Grande Dépression, est tout aussi significative que l’avait été sa première victoire.

En appuyant Obama pour un second mandat, les Américains font plus que voter pour l’espoir et le changement dans le désarroi d’une crise. Ils donnent un sceau d’approbation aux réformes que cet improbable Président a pu mettre en œuvre et se rassurent eux-mêmes qu’ils ont fait le bon choix. En même temps, les électeurs ont rejeté la prétention de son adversaire, qui semblait par moment considérer son élection au poste de président comme allant de soi, comme si elle était inscrite dans l’ordre des choses. Comment expliquer autrement des slogans comme « Take our country back » et la litanie d’autres allusions au refus d’accepter que tous les citoyens puissent. Après des mois de rhétorique axée sur les divisions, le discours de concession de Romney et le discours de victoire d’Obama ont fait preuve d’une classe qu’on n’espérait plus. En fait, l’un et l’autre se sont surpassés. Romney, pour la première fois depuis des lustres, a semblé sincère et authentique dans les sentiments qu’il exprimait, et il a eu la classe de refuser ce que beaucoup de partisans républicains lui ont sans doute conseillé, soit d’attendre et de contester jusqu’au dernier vote dans l’espoir futile d’arracher la victoire. Barack Obama, pour sa part, a livré ce qui était sans doute son meilleur discours depuis 2008. Avec un peu de chance, son appel à l’unité lui vaudra une mini-lune de miel avec les éléments plus modérés du parti adverse, qui se font de plus en plus rares. On verra.

Il reste beaucoup de questions à clarifier après l’élection d’hier, et j’aurai l’occasion d’y revenir. Pour le moment, je me contenterai de quelques réflexions préliminaires sur les gagnants et les perdants de cette élection.

Le grand gagnant, bien sûr est Barack Obama. Tout ce qu’il a accompli lors de son premier mandat aurait pu s’effondrer et avec cette réélection le jugement de l’histoire sera nettement plus favorable pour lui. D’autant plus que, si on en croit les nouvelles économiques qui nous parviennent aujourd’hui, une économie mondiale qui montre des signes de revitalisation pourrait mettre du vent dans les voiles de son administration lors de ce second mandat. Son colistier Joe Biden l’accompagne dans le cercle des gagnants. Discrètement, il a même commencé à tâter le terrain pour une éventuelle campagne en 2016 : à unh partisan qui lui demandait s’il s’agissait de sa dernière campagne, il a répondu non.

À l’opposé, Mitt Romney est le grand perdant. Son projet des vingt dernières années avait été d’accéder au plus haut poste de PDG auquel un homme d’affaires puisse songer. Tous les défauts et les gaffes du candidat, qu’une victoire aurait éventuellement relégués à l’oubli (pas de sitôt en ce qui me concerne), lui colleront à la peau pour toujours. On ne retiendra de lui que le pire. La gauche retiendra le candidat « sévèrement conservateur », alors que la droite retiendra que c’est « Moderate Mitt » qui aura perdu cette élection. Son colistier Paul Ryan, par contre, pourrait recevoir à court terme l’appui de la droite pure et dure de son parti, qui voit en lui un champion et un leader potentiel. Toutefois, la Chambre des représentants n’est pas un endroit facile pour s’élever au-dessus de la mêlée.

Parmi les autres gagnants, il ne faut pas oublier Hillary et Bill Clinton, « Billary », qui ont joué un rôle fondamental dans l’administration et dans la campagne. Hillary s’apprête à quitter le cabinet Obama et à prendre un repos bien mérité, mais la campagne de 2016 n’est pas bien loin. On n’a pas fini d’en entendre parler.

Je n’irai pas très loin dans la liste du personnel politique qui s’est démarqué pour le meilleur ou pour le pire dans cette élection, mais je dois mentionner parmi les gagnants les nouvelles élues démocrates au Sénat. Au premier rang, il a la nouvelle sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, qui devrait faire des vagues au Sénat avec ses idées extraordinairement articulées dans le domaine obscur de la règlementation des institutions financières, et dans celui plus proche des gens de la protection des consommateurs. Wall Street avait dépensé une fortune pour éviter de l’avoir dans les pattes. Elle sera une force tranquille à surveiller. Certains mettent même cette professeure de Harvard de 63 ans sur leur liste courte de présidentiables. C’est tôt ; on verra. D’autres candidates se sont démarquées, dont Tammy Baldwin au Wisconsin, première femme ouvertement lesbienne à accéder au Sénat, et Claire McCaskill, qui est réélue dans un État difficile, le Missouri, surtout parce que les électrices et les électeurs ont rejeté les valeurs rétrogrades du candidat Todd Akin, celui pour qui un viol « véritable » ne pouvait pas, physiologiquement, provoquer une grossesse.

Il y a aussi eu beaucoup de gagnants et de perdants dans les différentes orbites autour de la campagne. D’abord, un grand gagnant est le professionnalisme et l’engagement total de la campagne démocrate. Pendant longtemps, le Parti démocrate a eu la réputation du parti désorganisé et indiscipliné (voir mon billet du 9 mai). Ce n’est plus vrai. L’efficacité et la précision chirurgicale de la campagne menée par l’équipe d’Obama, avec l’appui d’une armée de volontaires dévoués a prouvé sa supériorité organisationnelle sur celle de l’homme d’affaires dont on vante le sens de la rationalité et de l’organisation. En fait, la faiblesse du Parti républicain est surtout apparue pendant les primaires, mais en fin de compte c’est l’incapacité de s’adapter aux nouvelles caractéristiques d’un électorat à la fois polarisé entre partis et fragmenté entre différents groupes sociaux. Il faut aussi mentionner, pour reprendre une analogie militaro-sportive, la nette victoire de la campagne « au sol » qui consistait à mobiliser chaque électeur et à s’assurer qu’il se rendrait voter, sur la campagne « aérienne », basée d’abord sur les publicités dans les médias de masse.

Parmi les grands gagnants, il y a des électeurs d’une ténacité incroyable qui ont défié les graves déficiences de l’organisation des élections dans plusieurs États en attendant leur tour avec une patience exemplaire pendant de longues heures. En fait, les États où prévalaient les pires conditions d’accès aux urnes ont été ceux où le vote était le plus serré. La détermination des gens ordinaires à faire entendre leur voix a eu raisons des tentatives de suppression du vote que certains républicains avaient mises en œuvre de façon transparente (voir mon billet du 16 août).

Finalement, je m’en voudrais de ne pas mentionner la victoire d’un groupe auquel j’appartiens : les « nerds » quantitativistes qui ont perfectionné l’art et la science de l’analyse des tendances de l’opinion publique et des comportements électoraux. Le soir de l’élection, les résultats les résultats se sont alignés, État par État, sur les prévisions qu’avaient faites des statisticiens et politologues comme Nate Silver, du New York Times, et Simon Jackman, du Huffington Post. Ceux-ci ont enduré pendant toute la campagne les critiques des analystes plus traditionnels, qui basent leur compréhension de la réalité politique et leurs prévisions des résultats sur « l’intuition » ou l’expérience. Mais en bout de ligne, les gagnants ont été les analystes qui basent leur compréhension de l’électorat sur l’application rigoureuse des théories et méthodes de la science politique à des données abondantes et complexes.

Il y a bien d’autres gagnants et perdants, mais ce sera pour d’autres bilets.


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Campagne 2012. Récapitulons

par Pierre Martin     6 novembre 2012 01h36

En ce jour d’élection, il n’y a plus grand-chose qui n’ait pas déjà été dit. Je profite donc de l’occasion pour attirer l’attention sur quelques billets antérieurs, en replaçant leur contenu dans le contexte du jour de l’élection.

Quelques raisons de ne pas être tout à fait impartial

Quelques lecteurs de ce blogue pourraient me reprocher mon manque d’impartialité dans cette campagne, en soulignant que le professeur d’université se doit avant tout de porter un jugement objectif sur les faits qu’il analyse. Je suis généralement assez peu partisan dans mes travaux et écrits, mais cette campagne offrait un choix assez clair et évident du point de vue des valeurs, et les valeurs qui sont défendues aujourd’hui par le Parti républicain sont tellement en rupture avec le courant principal des valeurs et de la culture politique québécoise qu’il est difficile de passer outre ces différences.

Il est clair que les différences de valeurs dans la société américaine contribuent à la polarisation de l’élecctorat américain. C’est ce que j’ai tenté de démontrer en exposant les sources des clivages de valeurs profonds entre les républicains et les démocrates en 2012 en ce qui concerne la religion (13 février), l’environnement (20 février) et l’égalité entre hommes et femmes (13 avril). Plus généralement, ce sont les différences de philosophie entre les deux partis sur le sens de la vie en communauté (23 juin) et les inégalités (21 septembre) qui nous fournissent les meilleures raisons de ne pas être impartial.

Évidemment, les commentateurs « objectifs » me rétorqueront que les préférences des citoyens du pays voisin devraient aussi tenir compte de nos intérêts matériels. N’est-il pas bien connu que même si les Canadiens préfèrent les démocrates, notre économie se porte mieux lorsque les républicains sont au pouvoir ? En fait, c’est un mythe. Le contraire semble beaucoup plus près de la réalité. Les trois billets que j’ai écrits sur ce sujet, les 29 février, 12 mars et 14 mars sont catégoriques : l’économie chez nous se porte mieux quand les démocrates ssont au pouvoir. L’article que j’ai tiré de ces billets circule depuis quelque temps et ses lecteurs continuent de me rappeler qu’ils devront dorénavant changer leur fusil d’épaule sur ce sujet. Ces observations m’ont même amené à conclure que notre très conservateur Premier ministre, Stephen Harper, ne pourrait pas voir d’un si mauvais œil la victoire d’un parti qui pourrait faciliter sa réélection (3 novembre).

Les sondages

Mais nous n’avons pas trop à craindre, semble-t-il. Les jeux sont faits, si on en croit les prévisionnistes qui accordent jusqu’à 90% des chances de gagner à Barack Obama. Je n’ai pas l’habitude de me commettre fermement sur ce genre de choses, mais je suis assez convaincu par la richesse des données et la rigueur des méthodes des statisticiens comme Nate Silver, du blogue Fivethirtyeight du New York Times, Simon Jackman de Huffpost Pollster et, dans une moindre mesure, la projection du site Real Clear Politics. J’ai écrit il y a quelques semaines à propos de l’importance de ne pas accorder trop de crédit à un sondage isolé lorsqu’on a le luxe d’en avoir des quantités industrielles (18 avril). Étant donné l’abondance de sondages nationaux et de sondages au niveau des États, il est de loin préférable de fonder son évaluation de la course sur des agrégations de sondages. En tout cas, ils me convainquent beaucoup plus que les élucubrations de Rush Limbaugh ou les idioties des tenants de la thèse des sondages biaisés (27 septembre).

Pour résumer, la grande majorité des sondages en cette fin de campagne prédit une victoire de Barack Obama. Attention, ça ne veut pas dire que les sondages prédisent une victoire par une grande majorité. Ce sera très serré et les deux partis vont compter sur leur capacité respective de mobiliser leur base et de faire sortir le vote. C’est ce qui m’amène à exprimer une crainte concernant le déroulement de l’élection.

Ce qui pourrait mal tourner

Trois choses sont à craindre si les sondages se trompent et nous assistons ce soir à une victoire de Mitt Romney. D’abord, ce serait une victoire de l’argent, du cynisme et du mensonge. Sur le premier thème il y aurait eu bien plus à dire dans ce blogue, et j’y reviendrai dans les prochains mois. Mais les libertés qu’a pris la campagne Romney avec la vérité, surtout dans les derniers instants de cette campagne, sont une source d’inquiétude. Et si c’était comme ça qu’on peut gagner en politique ? L’entrée en scène de Paul Ryan (30 août) et l’épisode de la vidéo secrète (18 septembre) ont fourni des occasions de commenter à ce sujet, mais il y en aurait eu bien d’autres, notamment au cours des derniers jours pendant lesquels la campagne Romney tapissait l’Ohio de publicité trompeuse sur le sauvetage de l’industrie automobile par le Président Obama.

Ce que je crains le plus le jour de l’élection est l’impact négatif des efforts des législatures républicaines dans un grand nombre d’États, dont les États clés de l’Ohio et de la Floride, pour mettre des obstacles dans le chemin des électeurs les plus démunis et les plus vulnérables en imposant de nouvelles conditions pour l’exercice du droit de vote qui auront pour effet de priver de leur droit de vote de nombreux électeurs naturellement enclins à appuyer le Parti démocrate. Cette suppression du vote se fait au nom de la lutte à la fraude électorale, un problème virtuellement inexistant. Comme je l’écrivais le 16 août, les républicains qui pourraient battre Barack Obama ne sont pas nécessairement ceux qu’on pense. Ce que je crains aussi est l’impact des préjudices raciaux, qui pourraient avoir un impact marginal, mais potentiellement décisif, sur le vote. Dans un article récent (dans la revue PS : Political Science and Politics), mon collègue Richard Nadeau et ses collaborateurs ont estimé que ce facteur pourrait coûter jusqu’à trois points de pourcentage au président Obama, ce qui dans l’état actuel de la course pourrait suffire à faire gagner le candidat républicain.

Il existe de bonnes raisons, à certains points de vue, de voter contre Barack Obama, notamment si on croit sincèrement que ses politiques économiques ’ont pas été à la hauteur des défis de la crise. Cela n’empêche pas que si Mitt Romney gagne de justesse, cette victoire pourrait être due aux forces de l’argent, à une campagne de mensonges, aux préjudices raciaux ou à des efforts de suppression du vote de ses partisans. Si c’est à cela que tientdrait cette victoire, ce serait une triste journée pour la démocratie—pas juste la démocratie américaine, la démocratie tout court.


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