CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  29 novembre 2012
La Presse

La Palestine à l’ONU : sortir de l’immobilisme

L’Assemblée générale de l’ONU s’apprête dans les prochaines heures à voter pour accueillir la Palestine comme État observateur non membre. Mahmoud Abbas, le président palestinien, a cette fois toutes les chances de gagner, pour la simple raison qu’il a réduit ses ambitions.

L’an dernier, il convoitait le statut de membre à part entière pour la Palestine. Il avait donc demandé au Conseil de sécurité de recommander à l’Assemblée générale d’admettre son pays à titre d’État membre de l’ONU. Les débats au Conseil avaient traîné en longueur et, même si Abbas avait réuni une majorité de voix, le veto américain allait bloquer la recommandation. Abbas a lâché prise en promettant cette année de solliciter un statut moindre - État observateur non membre -, mais plus élevé que celui dont la Palestine dispose depuis 25 ans, celui d’entité observatrice. Il faut noter que c’est l’Assemblée, et non le Conseil, qui décide de ce statut.

Le président palestinien a mené une rude bataille, et sur deux fronts, avant de se présenter devant l’Assemblée générale aujourd’hui.

Sur le plan interne, il a affronté les radicaux du Hamas qui, jusqu’à il y a quelques jours encore, rejetaient sa démarche. Pour l’instant, la dernière guerre avec Israël les a réunis.

Sur le plan extérieur, même si la proclamation de l’indépendance de la Palestine par l’OLP en 1988 a été reconnue par quelque 130 pays sur les 193 membres de l’ONU, Mahmoud Abbas a fait face aux plus vives menaces de la part des États-Unis et d’Israël. Tant Washington que Jérusalem s’opposent à cette option en faisant valoir que seule la négociation permettrait de voir naître un véritable État en mesure d’exercer sa pleine souveraineté.

Mahmoud Abbas fait une autre lecture, qui découle de ce qu’a suggéré en septembre 2011 l’ancien président français Nicolas Sarkozy, le plus pro-israélien des présidents français depuis la création d’Israël. Voyant venir l’échec devant le Conseil de sécurité, Sarkozy avait lancé à la tribune de l’ONU : « Pourquoi ne pas envisager pour la Palestine le statut d’État observateur aux Nations unies ? Ce serait un pas important, nous sortirions après 60 ans de l’immobilisme, l’immobilisme qui fait le lit des extrémistes. Nous redonnerions un espoir aux Palestiniens en marquant des progrès vers le statut final. » Le président palestinien a pris la balle au bond. Il fait le pari que l’élévation du statut de son pays à l’ONU va créer une nouvelle dynamique avec Israël. Il se dit même prêt à reprendre les négociations sans condition dès demain matin.

Un pari est un pari et il peut être perdu. Mahmoud Abbas va sans doute gagner devant l’Assemblée générale, particulièrement si l’appui qu’il a obtenu de la France entraîne dans son sillage celui d’une majorité d’États européens, comme cela semble se dessiner. Pour autant, le nouveau statut de la Palestine risque de créer des attentes irréalistes au sein de la population palestinienne, car c’est Israël qui contrôle la situation sur le terrain, et là, le président palestinien peut perdre. Depuis les Accords d’Oslo de 1993, les questions de fond - les frontières, les réfugiés, le statut de Jérusalem, les arrangements de sécurité et les colonies de peuplement - n’ont trouvé pratiquement aucune réponse même si la situation économique des Palestiniens de Cisjordanie s’est grandement améliorée.

Devant le blocage actuel, Mahmoud Abbas n’avait sans doute pas le choix de poser un geste d’éclat. Ce nouveau statut pour le peuple palestinien ne réglera aucun de ses problèmes au quotidien, mais il a le mérite de remettre au-devant de la scène l’urgence de relancer les négociations en vue d’une paix durable.

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  • Jocelyn CoulonJocelyn Coulon

    Jocelyn Coulon est directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP), affilié au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (Cérium). Il a publié plusieurs ouvrages sur les opérations de paix, dont Les Casques bleus. Il signe toutes les semaines dans La Presse un commentaire de politique internationale.
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