CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  mai 2008

Inclut les ouvrages collectifs et les numéros spéciaux de revue à comité de lecture.

Livre

Profession géographe

Les Presses de l’Université de Montréal, mars 2008

Article sur l’auteur et son ouvrage paru dans Forum vol.42 no.28, 28 avril 2008.

Rodolphe De Koninck, géographe explorateur

Le professeur relate son parcours universitaire dans un livre publié aux PUM

« Outre l’étude de notre empreinte écologique, de son histoire comme de son avenir, la géopolitique et la géographie des religions représentent deux autres domaines de la connaissance auxquels les géographes doivent continuer de contribuer en priorité », selon le professeur Rodolphe De Koninck.

« Je ne me souviens pas d’avoir décidé de faire carrière en géographie. C’est un concours de circonstances qui m’a amené, à l’âge de 19 ans, à assurer la totalité des cours de géographie offerts dans un collège préuniversitaire de Fort Portal, en Ouganda, au cœur de l’Afrique. J’ai rapidement éprouvé un intense plaisir à étudier et à enseigner cette discipline », confie le géographe Rodolphe De Koninck, qui vient de publier un ouvrage sur le sujet aux Presses de l’Université de Montréal (PUM).

Dans Profession géographe, le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques plonge dans ses souvenirs pour relater l’essentiel de sa longue carrière de géographe. Le résultat de cette démarche est à la fois instructif et passionnant parce que, au lieu de s’en tenir à des généralités, le professeur du Département de géographie, auquel il est rattaché depuis 2002, expose de façon très concrète sa propre expérience, ce qui lui permet de rapporter diverses anecdotes. L’ouvrage lui donne aussi l’occasion de repousser quelques idées reçues. Ainsi, le géographe de 2008 ne passe pas toutes ses journées le nez collé dans les cartes.

Car la géographie, c’est aussi la pédologie et la biogéochimie, l’aérobiologie, la palynologie, l’hydrologie fluviale, la modélisation des systèmes complexes, le développement durable, le système d’information géographique, la télédétection, la géographie des transports, la géographie urbaine, etc. Des champs où le géographe est amené à entreprendre de très nombreuses recherches.

Bref, l’auteur réussit le tour de force de présenter en 72 pages l’histoire de la géographie et les différents axes de recherche qui préoccupent les chercheurs de nos jours, en plus de nous introduire dans son propre univers, la géographie humaine. Spécialiste du rôle de l’agriculture dans les pays en développement, particulièrement de l’Asie du Sud-Est, Rodolphe De Koninck parle également des fureurs de la terre et de ses thèmes de prédilection, dont, au premier chef, l’enseignement et la recherche.

Démythifier et sensibiliser

Marqués par l’interdisciplinarité bien avant que le mot devienne à la mode, son enseignement et ses travaux s’appuient sur la conviction qu’aucun savoir scientifique n’avance en s’isolant. Le professeur De Koninck s’amuse ainsi dans Profession géographe, son 20e ouvrage, à faire ressortir les liens avec d’autres domaines de la connaissance, notamment la philosophie, l’histoire, l’écologie et la littérature, pour démontrer qu’aucune discipline ne peut fonctionner en vase clos.

« L’analyse des paysages en est un bel exemple, explique-t-il en entrevue. Si l’on regarde l’aménagement, on est obligé de penser à la géologie, à l’histoire, au climat… On ne peut pas par ailleurs étudier le quartier urbain sans penser aux processus sociaux, donc à la sociologie », souligne celui qui a reçu en 1998 le prix Jacques-Rousseau de l’ACFAS (interdisciplinarité) et le prix Innis-Gérin de la Société royale du Canada en 1999.

Pédagogue renommé, il a formé à la géographie des milliers d’étudiants au Canada et ailleurs dans le monde grâce à ses écrits. Le monde à la carte, volume rendu à sa cinquième édition, a donné naissance à une série télévisée diffusée de 1990 à 2006 tant au Canada qu’à l’étranger par l’intermédiaire de TV5.

Dans ses cours, il côtoie depuis 40 ans des jeunes animés par la même soif d’apprendre qu’il éprouvait déjà jeune homme, alors qu’il était en Afrique. Le fils du philosophe Charles De Koninck rappelle d’ailleurs que c’est la passion pour l’enseignement de la géographie, qu’il s’est découverte à 19 ans, qui l’a conduit à cette profession. Mais l’étincelle première a jailli quand il avait à peine cinq ou six ans. « Dans la maison familiale, il y avait une pièce où se trouvaient des pupitres et un tableau noir, raconte M. De Koninck. Ma mère nous y enseignait la géographie, l’histoire et les mathématiques. Déjà à cette époque, semble-t-il, je montrais une curiosité pour la géographie. Une curiosité que ma mère a su stimuler et transformer en un grand intérêt. »

Géographe

L’importance du savoir géographique

Si certains géographes ne vont jamais sur le terrain, Rodolphe De Koninck, qui se définit comme un « géographe explorateur », n’hésite pas à enquêter sur place. Pour lui, il s’agit d’un passage obligé, car « la terre est loin d’être immuable, écrit-il. […] elle change constamment, se révélant de plus en plus sensible aux excès des hommes. » Les retours fréquents qu’il effectue « sur les lieux du crime », selon sa propre expression, en témoignent. Il cite en exemple la province d’Aceh, la région de l’Indonésie la plus touchée par le tsunami de décembre 2004, et les ravages manifestes de l’ouragan Katrina dans le delta du Mississippi en aout 2005. Selon lui, ces catastrophes sont des cas classiques de la conjugaison d’un désastre naturel et d’erreurs humaines accumulées.

Ses nombreux voyages dans le Sud-Est asiatique, à Singapour, mais aussi dans de grands pays agricoles tels la Thaïlande, le Vietnam, les Philippines, l’Indonésie et la Malaysia, là où l’agriculture et l’aquaculture continuent de s’étendre, sont d’ailleurs à la source de plusieurs livres et articles scientifiques sur les relations entre l’homme et la nature. « Ces pays sont aux prises avec des problèmes sérieux de pollution et de destruction des habitats pour cause d’intensification et d’expansion agricoles et aquacoles », déplore le géographe, qui partage son temps entre l’Université de Montréal et cinq universités d’Asie où il séjourne de deux à trois mois par année.

Depuis 2005, il y coordonne un mégaprojet de recherche qui rassemble plus de 25 chercheurs du Canada, d’Asie, d’Europe et d’Australie issus de disciplines diverses. Baptisé « Les défis de la transition agraire en Asie du Sud-Est », ce projet financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et auquel Forum avait donné écho (voir l’article « 2,5 M$ pour étudier l’agriculture en Asie » dans le numéro du 18 avril 2005) fait appel à une cinquantaine d’étudiants qui y mènent des travaux de maitrise ou de doctorat centrés sur l’analyse et l’interprétation des mécanismes et impacts de la transition agraire.

Pour Rodolphe De Koninck, qui fait sans cesse valoir l’importance du savoir géographique, la formation des étudiants constitue une priorité. « L’humanité détruit littéralement son domicile, décrète-t-il dans son livre. L’analyse tant des fondements que des instruments et des mécanismes spécifiques de cette destruction est l’affaire de tout le monde, mais au premier chef des scientifiques, parmi lesquels les géographes occupent une place privilégiée, centrale. »

Cela dit, le géographe avoue être un peu pessimiste quand il voit la façon dont on exploite la Terre et dont on en abuse. « À commencer par les gros véhicules tout-terrain qui encombrent les rues de nos villes ! » Il est aussi très critique quant à la prétendue connaissance transmise dans les établissements d’enseignement américains où, observe-t-il, l’enseignement de la géographie est négligé.

Conclusion de l’auteur lui-même : « Pour parvenir à composer avec d’une part la sagesse de la terre, mais aussi avec son impatience croissante, et d’autre part avec l’inconscience des hommes, ceux et celles qui partagent ma profession ont du pain sur la planche. »

Dominique Nancy

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  • Rodolphe De KoninckRodolphe De Koninck

    Rodolphe de Koninck est professeur de géographie à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques, rattachée au Centre d’études de l’Asie de l’Est (CÉTASE).
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